Le «sommet social» du 18 janvier, à l’Élysée, n’aura été tout simplement qu’une réunion de travail. Il est normal, que les acteurs du tripartisme à la française - État, représentants des employeurs et des salariés - se retrouvent pour faire le point, échanger et confronter leurs points de vue et propositions. L’essentiel est ce qu’il en sorte des mesures concrètes pour redresser la situation de l’économie, de la croissance, de l’emploi et du pouvoir d’achat.
Quelles réponses apportons-nous pour améliorer la vie quotidienne des salariés et répondre à leurs attentes et leurs inquiétudes ? Nous le savons, nous glissons sur une mauvaise pente depuis trop longtemps. Nous perdons des parts de marché, vivons à crédit, ne valorisons pas suffisamment nos atouts et avons pris du retard dans la préparation de l’avenir. Est-ce irrémédiable ? Non ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Chacun doit prendre ses responsabilités et nous devons sortir des schémas préétablis et caricaturaux d’un patronat qui tend la sébile en permanence et des salariés qui coûtent trop cher et qui ne travaillent pas assez.
Au nom de la CFE-CGC, j’ai rappelé qu’il y a beaucoup de bonnes volontés et d’actions qui sont conduites à longueur d’année pour l’emploi. De Pôle Emploi à l’AFPA, des missions locales aux Permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO) pour les jeunes, des initiatives des mairies, chambres de commerce, associations, tout ce volontarisme doit être recensé et coordonné.
Les entreprises bénéficient de nombreuses aides : exonérations de charges, niches fiscales, réforme de la taxe professionnelle... Le problème vient d’une somme de mesures ponctuelles rarement évaluées et qui ne s’inscrivent pas dans un plan d’ensemble. Souvenons-nous. Il y a un an, l’État voulait que Pôle Emploi se sépare de deux mille CDD. Nous avons dû nous battre pour différer cette mesure. Aujourd’hui, le même État veut en recruter mille supplémentaires ! Est-ce que cela permettra d’offrir la même qualité de service à tous les demandeurs d’emploi quand nous constatons qu’il y a un rapport de 1 à 6 dans le nombre de personnes suivies par chaque agent ?
Retrouver le chemin de la croissance pour améliorer la situation de l’emploi nécessite d’investir dans la formation, la recherche-développement-innovation, dans l’appareil productif, avec les femmes et les hommes qui, par leur travail, font la performance de l’entreprise. Il s’agit donc d’orienter l’épargne et l’argent public vers l’économie réelle et d’inciter les entreprises à davantage réinvestir leurs bénéfices dans leurs activités plutôt que rémunérer toujours plus leurs actionnaires. La fiscalité doit dissuader de rechercher des taux de rentabilité et des rémunérations sans rapport avec le travail accompli et cette économie réelle.
Nous avons demandé un soutien plus fort à notre industrie, l’actuelle comme la future (technologies de l’information, biomédicaments, nanotechnologies, énergies vertes...). Nous apprécions la création d’un outil type OSEO dédié au financement de l’industrie. Pour autant, cela n’exonère pas les banques de faire leur travail de fourniture de crédits aux entreprises et aux ménages.
Enfin, le dossier du transfert de cotisations assises sur les salaires vers la consommation pour redonner de la compétitivité à notre économie, du pouvoir d’achat aux salariés et accroître le financement de notre protection sociale notamment via notre projet de Cotisation sociale sur la consommation, semble mal parti.
Nous verrons dans quelques jours ce que décidera le gouvernement. Mais des différents propos du chef de l’État, je constate qu’il ne semble avoir retenu que le discours patronal sur le financement de la politique familiale par l’impôt. Si ce cadeau supplémentaire devait se confirmer, il serait pour le moins scandaleux qu’il ne soit pas conditionné par des engagements précis sur l’emploi.
Bernard Van Craeynest